Santé à domicile: les géants du numérique à la manœuvre

Publié le : 08/10/2018 12:21:38
Catégories : Nutrition , Santé

Santé à domicile: les géants du numérique à la manœuvre

Santé à domicile: les géants du numérique à la manœuvre

Grâce aux objets connectés, les médecins peuvent suivre à distance l'état de santé de leurs patients. Les Gafam et leurs équivalents chinois investissent lourdement dans ce secteur d'avenir.

L'annonce a fait le buzz lors de la dernière conférence d'Apple en septembre: la nouvelle montre connectée du géant de Cupertino sera équipée de capteurs capables de contrôler le rythme cardiaque, ce qui en fera, en pratique, un électrocardiogramme qu'on portera au poignet. L'Apple Watch pourra également détecter les chutes et prévenir les secours. «Le gardien intelligent de votre santé», résume la firme à la pomme, qui a obtenu une précieuse certification de la part de la Food and Drug Administration (FDA, agence américaine du médicament) .

Voilà donc une étape de plus franchie dans la course à l'e-santé où s'est engagée l'industrie numérique - un eldorado au potentiel économique immense. Signe des temps, tous les géants du Web sont de la partie. Via sa filiale Verily, Google compte surveiller pendant quatre ans la santé de 10.000 volontaires avec des dispositifs à distance (analyse du sommeil, des excréments, etc.) afin de découvrir des corrélations et des facteurs de risque de maladies. Microsoft a présenté un plan pour vaincre le cancer avant 2026, tandis que le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, veut carrément éradiquer la totalité des maladies avant la fin du siècle… Pour l'heure, la santé à domicile a un impact plus modeste mais tangible: elle permet aux médecins de suivre à distance les malades chroniques qui n'ont plus besoin de se rendre en permanence à l'hôpital. La téléconsultation via un ordinateur ou un smartphone, désormais remboursée par la Sécurité sociale, relève de ce mouvement. L'heure est à la santé connectée, un marché qui pèsera 4 milliards d'euros en France d'ici deux ans d'après le bureau d'études Xerfi.

Les futurologues voient déjà poindre, dans les années et décennies qui viennent, des patchs intelligents, des «cyberpilules» et autres pancréas bioniques, voire un bracelet capable de détecter et de détruire les cellules cancéreuses! Mais le gros de l'offre se limite aujourd'hui à des produits moins sophistiqués qui relèvent plus souvent du bien-être que des soins, à l'instar des appareils de mesure de la qualité de l'air dans votre domicile ou des balances qui envoient les résultats sur votre smartphone.

Les pouvoirs publics se mobilisent

La maturation du secteur prendra du temps. «C'est un peu comme les débuts de l'Internet dans les années 1990: la valeur d'usage perçue par les utilisateurs est relativement faible», concède Julien Maldonato, spécialiste de l'innovation au cabinet Deloitte. «Les gens achètent un bracelet connecté mais bien souvent ils le mettent au placard au bout de quelques semaines», renchérit le docteur Laurent Alexandre, fondateur du site Doctissimo. «Beaucoup de malades se nourrissent mal, ne respectent pas bien leur traitement et ce n'est pas l'électronique qui va changer leur comportement. Regardez en Amérique, les gadgets d'e-santé cartonnent mais le taux d'obésité n'a pas diminué», poursuit le spécialiste. Pour être efficaces, ces dispositifs devront s'inscrire dans un véritable suivi médical avec un médecin de référence.

Si elle ne fait pas le poids face aux États-Unis, la France peut s'appuyer sur des ingénieurs et des médecins compétents et n'a pas à rougir de ses performances. Des sociétés comme Withings ou Netatmo (la première fabrique des balances, montres et capteurs de sommeil et la seconde des bracelets connectés et autres détecteurs de qualité de l'air) sont parvenues à se faire un nom au-delà de leurs frontières. Elles rencontrent un certain succès à l'étranger, notamment lors d'événements «tech» comme le Consumer Electronic Show de Las Vegas. Dans leur sillage, la start-up Dreem a levé fin juin 35 millions de dollars pour développer et exporter son bandeau d'assistance au sommeil ; le groupe américain Johnson & Johnson, numéro trois mondial des laboratoires pharmaceutiques, a participé au tour de table. Sanofi a quant à lui conçu un dispositif de télémédecine pour adapter les doses d'insuline des diabétiques, qui a été validé par les autorités sanitaires en 2016. Une première en France, qui devrait en appeler d'autres. Les pouvoirs publics se mobilisent pour soutenir le mouvement. Ainsi la ville de Nice, qui a fait de la «silver économie» (l'économie du troisième âge) un cheval de bataille, a installé un appartement témoin dans lequel les entrepreneurs de la santé peuvent expérimenter leurs solutions.

Des défis majeurs à relever

Reste que les géants du numérique disposent d'une puissante force de frappe financière, de juristes et de lobbyistes aguerris, de serveurs et d'algorithmes capables de tirer parti des grands volumes de données captées chez les patients. Mais la menace concurrentielle vient plus encore de l'Est. «En Chine, où la réglementation est moins sévère, les entreprises avancent très vite et les produits sont beaucoup plus compétitifs qu'en Occident», relève Julien Maldonato. Il suffit d'observer ce qui se passe dans la domotique, où la société Xiaomi propose un thermostat connecté à 12 euros quand son homologue américain Nest est dix fois plus cher, pour anticiper une guerre des prix impitoyable dans l'e-santé. La pépite chinoise a d'ailleurs lancé son tensiomètre connecté et ne compte pas s'arrêter là. «On peut imaginer qu'un jour Xiaomi ou un autre acteur chinois propose une douche ou une cabine de toilette bourrée de capteurs qui analysera au quotidien vos paramètres de santé», imagine Julien Maldonato. Les données collectées pourraient alors être agrégées, anonymisées et revendues à des professionnels de santé ou à des entreprises privées.

Les acteurs de la santé connectée ont face à eux deux défis majeurs à relever. Ils devront d'une part concevoir des dispositifs faciles à comprendre et à utiliser, sachant que le gros du marché concerne des malades chroniques âgés et peu enclins aux nouvelles technologies. Il leur faudra par ailleurs être irréprochables sur la sécurisation des informations, sachant que 60 % des patients craignent pour leur vie privée et la confidentialité de leurs données (sondage OpinionWay de mars 2018). Les piratages de dossiers médicaux dans des hôpitaux sonnent comme des avertissements. Sans parler d'un scénario noir, celui d'un hacking de pompes à morphine ou de pacemakers connectés.

http://www.lefigaro.fr/societes/2018/10/08/20005-20181008ARTFIG00085-sante-a-domicile-les-geants-du-numerique-a-la-manoeuvre.php#xtor=AL-201

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